Quotidien (en)chant(i)er

 

‘Exil.o, Corps en chantier, capture d’un quartier’

Quartier de la vache Noire / Chaperon vert, Arcueil. Durée de séjour : 13 ans

‘Et dans tous les coins éclatèrent le mouvement et la vie, D’un lieu à l’autre, morceaux d’un quotidien déplacé’

Quartier de la vache Noire / Chaperon vert, Arcueil. Durée de séjour : 13 ans

Pointe de Saint-gildas / Pornic. Durée de séjour : ponctuelle depuis 26 ans

‘Smokemachine, Du son à l’image, gestes d’un quotidien amplifié (III)’

Container City, Stuttgart. Durée de séjour : 8 mois

‘Where is my body ? De l’image au son, projection d’un quotidien dissequé (IV)’

Container City, Stuttgart. Durée de séjour : 8 mois

  

C’est une série.

Une série de quatre performances. Une série de quatre vidéos. Une série de l’espace.

C’est une série non préméditée. Une série qui s’est construite au fur et à mesure, un peu comme on pourrait construire sa vie de proche en proche, par petit bout.

C’est une série quotidienne.

 

Le quotidien n’est-il que relation linéaire, “sans imprévus, sans accidents et sans efforts”[1]?

Le quotidien n’est-il que routine ? Le quotidien est-il banal ?

Comment explorer le banal ? Expérimenter les accidents ? Comment surmonter l’indigestion ? Eviter la disparition ?

 

Cette série est tenue. Un thème qui traverse de part en part. Vivre au proche de chantiers de construction. La ville qui se construit. Des travaux permanents. Un quotidien en chantier.

Prendre la mesure de l’appropriation d’un quartier qui se transforme.

Prendre la mesure d’un paysage indéfini, instable, là où l’on vit.

Faire acte de présence. Observer les changements. Tenter de capturer, d’archiver et par ce processus percevoir autrement. Utiliser les “vides” et les absences qui peuvent naître, en faire quelque chose à un moment précis. Chercher à ne pas figer les possibilités.

 

L’univers connu de ces rues, de ces bâtiments, de ces places, de ces trottoirs génère une forme d’acquis, une mécanique. La récurrence des espaces quotidiens, des usages, la répétition des gestes, les habitudes qui s’installent.

Le quotidien cristallise nos manières d’investir nos lieux de vie. Nous nous habituons à ici, nous habitons ici. Habiter son corps, sa maison, son quartier et sa ville. Incorporer ces lieux en n’y prêtant plus attention.

Les gestes du quotidien traduisent pleinement l’idée d’un corps qui a assimilé l’espace vécu et qui propose un système que l’on peut appeler réflexe, désolidarisant la réflexion des gestes effectués. L’habitude incarne un état d’apprentissage, une acquisition de notre milieu. Réinvestir ses acquis nous sort d’une mécanisation de nos gestes, de nos regards, une cécité dont nous parle Georges Perec[2]. Lui le fait par le jeu avec les mots. Ecrire, décrire et se souvenir.

Le jeu c’est une mise en mouvement, un élément qui déclenche l’action qui permet aussi une spontanéité, un regard aléatoire et instinctif. Le jeu est une découverte, un décloisonnement des sens et qui ouvre le quotidien à une nouveauté, un accident.

Jouer avec les espaces, les sons, les couleurs, les matières, les règles, les personnes.

Jouer à construire un autre quotidien.

 

[1] A. Moles, “Psychosociologie de l’espace”, p 92, textes rassemblés, mis en forme et présentés par Victor Schwach, l’Harmattan villes et entreprises, 1998.

[2] Perec G.(1974), “Espèces d’espaces”, Galilée, 2000.